Le concept de mon travail Par Mario d'Souza

Si je me réclame de maîtres à penser, si divers mouvements artistiques m’ont davantage touché que d’autres, mon travail aujourd’hui appartient au langage universel de l’art contemporain.
Ainsi, mon travail est une combinaison de ma mémoire indienne et de mon présent français.
Depuis que j’ai commencé mon activité artistique, à travers mes sculptures et les installations, j’ai trouvé un langage qui m’est propre et qui construit une œuvre résolument personnelle.

Le travail que je produits est directement issue (ou inspiré) d’objets que je récupère dans des décharges, aux « monstres », aux Emmaüs, sur le site viticole près duquel j’ai mon atelier : les déchets, les emballages, la part d’utile et d’inutile dans la production, les « matières sèches » inutilisées…
Je récupère, sans avoir forcément d’inspiration sur le champ, et j’entasse ces objets ou matériaux dans mon espace de travail. Je vis avec pendant quelque temps, et puis je les transforme en œuvre d’art.
Le langage d’expression trouvé durant ce processus devient mon art en vérité. Il m’aide à comprendre le matériel et le contexte culturel et historique. C’est dans cette alchimie même que réside mon action.

Il y a bien entendu une part non négligeable de choix esthétique : un vieux meuble sale me raconte bien davantage qu’un objet tout frais sortie de l’usine. Il me parle de vies et de mystères.
Mais il y a surtout le désir de convertir à partir de ces objets laissés pour compte, cette part de vécu mise au panier, abandonnée. Il y a le goût de l’histoire, le goût du matériau, le goût du temps et du mystère qui enrobe ces objets, ces cartons, ces vieux tissus.

Ainsi, ces formes et matériaux, s’ils me fascinent jusqu’à devenir matière première de mon œuvre, c’est qu’ils ont une part d’humain importante : soit qu’ils sont artisanaux, soit qu’ils ont vécu, soit qu’ils sont chaleureux (la laine, le carton). C’est l’humain qui transpire en eux qui m’interpellent.
Dans ce pays finalement assez froid et où je dois reconstruire mes repères, je trouve dans ces objets / matériaux, des compagnons d’infortune… Et ils sont les premiers à me raconter, dans cet univers de la réminiscence et du vécu, que leur proximité transforme mon concept en force créatrice. Je fabrique de l’art à partir de ces rebus parce qu’ils me parlent de mon intériorité et de mon désir profond pour un monde réconcilié.

D’une manière plus essentielle et plus secrète, le travail sur l’objet m’aide à créer une forme nouvelle. Le concept que je développe est bien souvent compris dans le geste qui révèle l’objet, en le décalant, en le revisitant. Mon concept de travail est comme un lien, un pont, entre l’objet formel, avec sa propre histoire et sa propre utilité (qui conditionne son apparence) et l’objet révélé. Il est devenu formellement inutile, mais la poésie et bien souvent l’humour, révèlent une proximité qui n’était jamais là.
Le geste qui transforme l’objet est mon concept même de création. Tout mon langage artistique réside dans ce geste qui construit un tout, et qui est mon langage contemporain.


Mario d’Souza





Texte de Benedicte Ramade Commissaire

Des tubulures de chaises modestes, courantes. On ignore même le nom de leur concepteur. Pourtant elles aussi appartiennent au domaine du design comme les époux Eames, concepteurs de chaises dans les années 1940 aussi célèbres que la DCW mise au point avec des technologies militaires permettant de travailler le pliage et la courbure du contreplaqué. Des formes ultra célèbres qui n’ont jamais connu les lois de la péremption.

Les chaises que récupère Mario D’Souza n’ont pas le même pedigree mais sont aussi célèbres puisqu’elles appartiennent à l’inconscient collectif des écoles et salles municipales. Elles ont perdu leur assise, conservant simplement cette ligne de métal (leur signature) qui les rapproche du dessin dans l’espace, de la sculpture abstraite. Les plaques de mousse qui servent à cet exercice de forme sont, elles, parfaitement neuves. D’un blanc impeccable ou d’un jaune lumineux, elles se plient au format imprimé par ces cadres rigides pour devenir des sculptures minimales.

Dans Fountains of life, les deux chaises se transforment en causeuses au mouvement emphatique et délicat, un jeu d’équilibre unique. Car chacune de ces chaises l’est devenue, passant de la production en série à l’objet unique.
Mario D’Souza travaille ces paradoxes matériels, un cadre rigide et une matière souple, une fonction et une abstraction, une origine basse et un résultat raffiné.

Quant à Blind comfort, les blocs de mousse se règlent à différentes hauteurs et composent des monolithes majestueux, variation sur le thème minimal : soit deux ingrédients parfaitement identiques mais deux identités radicalement différentes dans l’espace.


Benedicte Ramade



The concept of my work


If I claim to draw my inspiration from intellectual guides, if some art movements moved me more than others, today my work belongs to the universal language of contemporary art .
Hence, my work is a combination of my Indian memories and my present life in france , Since I set up as an artist, creating sculptures and installations, I found my very own language and this has helped me build a personal body of work.

My work directly stems from (or is inspired by) recycled objects found in dumps, charity shops or at the wine-producing site neighbouring my workshop: waste, packaging, the useful and useless parts in the manufacturing process, the unused “dry materials”...
I recycle, without necessarily be inspired at the time, and I stack all these findings in my workshop. I live amidst them for a while and then I make them works of art.
The expressive language I find during this process genuinely becomes my art. It helps me understanding the material as well as the cultural and historical context. My creative act lies in this alchemy.

Of course, the aesthetic choice in my work is not insignificant: a rusty piece of furniture tells me much more than a brand new factory-fresh object. It tells me about lives and mysteries.
But above all, I have the desire to convert these neglected objects, these bits of lives which have been thrown out, abandoned. I have a taste for history, materials, time and for the mystery that surrounds these objects, cardboard, old fabrics.

These shapes and materials fascinate me until they become the main material I use in my work, because they have an important human dimension: they are handicrafts, they have a past, they are warm (wool, cardboard). The humanness they radiate questions me.
In this rather cold country where I need to rebuild my markers, I find in these objects/materials some companions of misfortune. And in this universe of reminiscence and experience, they are the first to tell me that their closeness helps me turning my concept into creative power. I make art from these rebuses because they tell me about my interiority and my strong desire for a reconciled world.

In a more essential and secret manner, working on an object helps me creating a new form. The concept I am developing is often understood in the gesture revealing the object through its reinterpretation and diversion from its initial purpose. My work concept is like a link, a bridge between the formal object, endowed with its own history and usefulness (which condition its aspect) and the revealed object. It formally became useless, but the poetry and, very often, the humour it bears reveal a closeness that never existed.
The gesture which transforms the object is my creative concept. My artistic language lies in this gesture which builds a whole and is my contemporary language.

Mario d’Souza