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À mains nues
Après Le vent se lève, exposition de la collection incarnant les relations que l’humanité entretient avec la Terre, le MAC VAL poursuit cette exploration de l’humain en se recentrant sur le corps, son langage, son pouvoir et sa puissance de réinvention, avec cette nouvelle exposition : À mains nues.
Inédites ou plus anciennes, les œuvres évoquent la réinvention de soi, le futur qu’il nous appartient de créer, à mains nues.
En cette expérience partagée de la pandémie, d’empêchement de l’autre, de son contact, du violent constat de notre fragilité corporelle et de notre statut de corps vivant, se projeter dans le futur et l’envisager avec désir, élan et espoir s’imposent de façon nouvelle.
Les œuvres ici réunies racontent d’une part la corporéité et son langage, les fluides vitaux, les membres — dont les mains — qui incarnent la question de la réinvention de soi contre la réalité, la fatalité ou les déterminismes sociaux.
La fiction, le récit, la mise en scène, le travestissement sont autant de stratégies mises en œuvre par les artistes pour engager cette réinvention, douce, déterminée ou plus guerrière.
L’adresse à l’autre, à son regard comme à son corps, est au cœur des œuvres, à travers la fabrication de sa propre image : portraits ou autoportraits qui résonnent ainsi avec les phénomènes historiques et contemporains de l’invention de soi.
« Est-on propriétaire de ses mains ? Mes mains, c’est moi et ce n’est pas moi. C’est au bout de moi [...]
On a si peu serré des mains, pendant la pandémie.
On a lavé, récuré, gélifié, ganté nos mains.
On les a neutralisées »,
écrit Marie Darrieussecq dans son texte sur Annette Messager.
Entraînée par l’œuvre SAGES FEMMES de Sylvie Fanchon, À mains nues est la nouvelle exposition de la collection du MAC VAL [...] qui explore aujourd’hui les relations entre humains, comme celles qui se mettent en œuvre avec soi, par la fabrique des images, des gestes, des « attitudes qui deviennent formes ».
Autant de corps en action pour transformer le monde, soi-même, les rapports entre eux.
La tentation de l’autre et des relations humaines, le désir de son contact, de son regard auquel s’adressent la réalisation de sa propre représentation, mais aussi celle de l’autre, sont au cœur de notre présent comme de l’histoire de l’art — et tout particulièrement de celle de l’image contemporaine.
Elles posent d’emblée la question du portrait et du lien entre désir et réalité.
Il apparaît aujourd’hui vital, pour exister, d’offrir sa propre existence : il est possible en effet de vivre virtuellement, de fabriquer et de diffuser une image de soi telle qu’elle est ou telle qu’on la rêve.
Il est faisable — il devient même réel — d’exister pour les autres comme pour soi-même autrement que réellement.
Le réel s’imprègne, voire se nourrit de fantasme, dans une confusion, voire une fusion des deux : tout, écrit Agnès Gayraud dans ce catalogue, « est empreint d’une étrange dualité ».
Les œuvres ici rassemblées dessinent un paysage humain, mouvant et touchant : autant de portraits (souvent en majesté), d’autoportraits, une construction de soi par et pour soi-même, ou par et pour les autres ; une construction du monde par ses mains seules, nues.
Elles dessinent un inventaire de gestes, d’attitudes, de prises de position, par l’expression des visages et des corps.
Elles font aussi le constat de la seule force vitale comme « force majeure » : la relation essentielle et inextricable entre le corps et l’être — l’être et son seul et unique corps ?
Ce sont autant de membres, de mains, de visages, de corps et de regards que nous croisons dans les salles, autant de façons et de moyens choisis par les artistes pour mettre le présent et le réel — et ses assignations — en question.
Des ensembles d’œuvres rendent ainsi hommage à celles et ceux qui ont placé de longue date ces sujets au cœur de leur démarche :
Annette Messager, Nina Childress, Jean-Luc Blanc, Kapwani Kiwanga, Esther Ferrer, Romina De Novellis, Françoise Pétrovitch, Edi Dubien, Mimosa Échard, Jean-Luc Verna, et tant d’autres poursuivent sans cesse la question de la représentation, du rapport au corps et au temps qui y imprime ses marques, de son potentiel d’échappée des canons et d’expression singulière, de pouvoir et de fragilité.
Certaines et certains vont jusqu’à inventer plusieurs personnages, avatars, autres possibles, tels que l’incarne l’œuvre de Fernando Pessoa, que rappelle à nos souvenirs le merveilleux et si complet texte de Marion Zilio.
Et au milieu, le vivant.
Invitation à Gaëlle Choisne – Temple of Love – Atopos
Pour activer cette exposition, pour animer cette foule d’images, de visages et de corps, nous avons invité Gaëlle Choisne à imaginer une œuvre totale, composée de formes et de dispositifs d’accueil des visiteurs comme des intervenants qu’elle a choisis.
Gaëlle introduit l’action, elle amène la vie — le vivant même — pour enfin prendre en charge et prendre soin des visiteurs, de leur corps, de leur présence, de leur temps.
Gaëlle Choisne accompagne les œuvres de la collection par du vivant, par ce qui fait l’essence même de l’humanité : la philosophie, la pensée, le contact, la soif de devenir, la germination, la vie.
Elle a intitulé son projet pour le MAC VAL Atopos, chapitre des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, qu’elle prolonge et interroge dans Temple of Love, une réalisation mise en œuvre depuis plusieurs années dans différents lieux.
Alexia Fabre, Commissaire de l’exposition

